Opinion - Je suis un Africain heureux en Afrique (cherchez l'erreur)

​​Moustique - Libreville

Je suis Africain. J’ai trente ans. Je n’ai pas de travail. Si ma famille avait de l’argent, je créerais une petite entreprise de nettoyage. Parce que les gens de chez nous ont une sale mentalité. Seulement, je ne sais pas si mes futurs clients accepteraient de me payer pour que je les débarrasse de leurs idées tordues. De toute façon, je n’ai pas d’argent. Je suis issue d’une famille pauvre.
Chez moi, on dit que "l’argent ne nous aime pas". Mes parents m’ont tout de même payé de longues études. Je ne sais pas comment ils se sont débrouillés. Surtout que mon père est handicapé. Quand j’étais enfant, il marchait bien. En ce temps-là, maman ne travaillait pas.  Un soir, il est rentré saoul à la maison. Il a piqué une colère noire parce que Maman était sortie sans son autorisation. 

En allant la chercher dans la nuit, il a croisé plus fort que lui. Il est revenu en boitant, les habits couverts de sang. J’ai cru qu’il sortait d’un rite traditionnel. Mais ce n’était pas le cas. Ou alors, le poulet sacrifié, c’était lui. 
Depuis, c’est Maman qui s’occupe de tout. Je ne sais pas comment elle fait. Elle m’a payé de longues études. Pour aller loin. Très loin. Parce que les études courtes ne mènent nulle part. Mais cinq ans après avoir obtenu ma Licence, je n’ai toujours pas quitté ma chambre. Ce n’est pas que je sois mal à l’aise. J’ai juste les pieds qui dépassent du lit. A trente ans, je dors dans un lit superposé. C’est ça l’Afrique. Du moins, l’Afrique que je connais.

A propos d’études, il y en a de très sérieuses qui indiquent que je suis le candidat idéal pour l’immigration clandestine. Pourtant, personne ne m’a demandé mon avis. Des embarcations de fortune m’attendraient au large du Maroc. Il paraît que c’est couru d’avance.

Mais moi, je sais une chose. Une seule : JE NE PARTIRAI PAS. Je ne partirai pas d’Afrique. Ici, c’est chez moi. Je suis un Africain heureux en Afrique. Ne cherchez pas l'erreur. Il n'y en a pas. Alors tôt ou tard, j’aurai ma chance. Vous voulez parier ? Moustique.